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Le roman-feuilleton pour les nuls

11 décembre 2011

Une insulte peut fuser parfois encore, entre intellectuels boboïsant du 7ième arrondissement qui seraient restés coincés au XIXe siècle : « Espèce de feuilletoniste ! »

Étrange juron s’il en est, qui s’explique par le mépris qu’a toujours subi – à tort- ce genre particulier de la part des hommes politiques et journalistes très « sérieux » qui n’apprécient que moyennement cet espace cédé à l’imagination dans leurs colonnes.

 

Au milieu des années 1800, les éditeurs de presse hebdomadaire trouvent un moyen de remplir leur « rez-de-chaussée » ou autrement dit le bas de page de leurs journaux qui, de part la maquette habituelle des journaux classiques restait souvent vide.

 

Ce sera avec des critiques de pièces de théâtre ou de livres. Petit à petit, ce sont des nouvelles, puis des romans qui occupent ces fameux bas de pages. L’intérêt pour les romanciers est double : d’une part cela leur apporte un revenu régulier car ils sont payés à la ligne (ce qui explique par ailleurs les grandes descriptions dans les romans de cette époque), d’autre part, cela leur permet d’ajuster leur roman au fur et à mesure de son écriture aux réactions de son lectorat.

 

Un « feuilletoniste » c’est donc un écrivain en dessous de tout, qui abaisse ses ambitions et son intellect au seul profit de son lecteur. En effet, il est bien connu que la promesse d’une rentrée d’argent régulière ne peut que faire baisser la qualité d’une production… L’insulte est donc amplement méritée.

 

En 1820, les romans populaires se divisent en genres : le « sentimentalo-libertin » et le « frénétique » par exemple – basé sur le roman gothique anglais. Les grands écrivains d’aujourd’hui s’y adonnent… sous pseudonymes bien évidemment.

Pourtant… en 1831, un certain Horace de Saint-Aubin, qui rencontrait un grand succès dans cette veine, sort de l’ombre et commence à publier systématiquement, et sous son vrai nom, ses romans en feuilleton avant de les réunir en volume. Il s’agit Honoré de Balzac qui assume enfin son travail, et son succès dans le roman populaire.

D’autres écrivains, des Eugène Sue, des Ponson du Terrail et surtout un Alexandre Dumas Père, créateur des Trois Mousquetaires deviendront les maîtres absolus du roman-feuilleton, sans que la qualité de leurs écrits pu jamais être contestée.

Pourtant, ces petits malins d’éditeurs de journaux qui abaissèrent le prix de leur publication quotidienne et augmentèrent le nombre de pages consacrées aux romans-feuilletons afin d’attirer un lectorat de masse créèrent sans le savoir la presse quotidienne moderne, et par extension ce que l’on pourrait appeler le «journalisme de masse», c’est-à-dire peu ou prou ce que nous connaissons à l’heure actuelle. Ce dernier, basé sur une réaction quasi immédiate à l’actualité, fut entrainé par la production incroyable tant en quantité qu’en rapidité d’exécution de nos feuilletonistes.

Alors, on dit merci qui ?

 

***

Sources :

–       ANGENOT Marc, Le Roman populaire. Recherches en paralittérature, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 1975.

–       Dictionnaire du roman populaire francophone. Sous la direction de Daniel COMPÈRE, Paris, Nouveau Monde éditions, 2007.

–       NATHAN Michel, Splendeurs et misères du roman populaire, Lyon, Presses Universitaires, 1991

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